CHATEAU FORT

 Le comté d'Auxerre, auquel est rattaché Druyes, entre au début du 10ème siècle dans les possessions de Richard le justicier, comte d'Autun puis duc de Bourgogne. A sa mort, le vaste territoire qu'il avait réuni se disloque et sa partie nord passe en 954 entre les mains de Hugues le grand, duc des Francs, puis de ses fils Otton et Henri, ducs de Bourgogne. Le duc Henri meurt en 1002 et les prétendants, son beau-fils et son neveu le roi de France, Robert le pieux, se déchirent dans une guerre de succession pour le contrôle de la Bourgogne. Le roi Robert l'emporte mais Landry, comte de Nevers, profite de la période de trouble pour asseoir son autorité sur une partie de l'Auxerrois, en particulier Saint Sauveur et Druyes. A partir de 1032, le comté de Nevers et celui d'Auxerre sont réunis entre les mains de Renaud, fils de Landry. Au sein de cet ensemble qui va perdurer durant les siècles suivants, Druyes occupe une place singulière puisqu'il appartient en bien propre au comte de Nevers.

Ce n'est qu'à la fin du 12ème siècle que l'actuel château de Druyes apparaît dans les textes. Auparavant, au cours du 11ème siècle, un premier château en bois aurait été construit à l'emplacement du château fort.

Druyes fait partie de la première génération de châteaux philippiens (ou châteaux-cours) construits à l'époque du roi Philippe Auguste avec un plan simple, des tours circulaires qui permettaient d'offrir une meilleure défense. Il est construit sur un plan carré de 52,3 mètres de côté. Les angles sont défendus par quatre tours rondes ; trois des quatre courtines possèdent une tour carrée. La tour nord, la plus haute, est une porte d'entrée fortifiée. Un grand logis, aujourd'hui disparu, s'appuyait sur la courtine sud percée d'ouvertures romanes en plein cintre. Le château de Brie Comte Robert, ayant appartenu à un cousin germain de Pierre de Courtenay et Philippe Auguste, présente le même plan avec le même système de latrines. 

Construit au 12ème siècle par les comtes de Nevers, il est alors l'une des résidences habituelles de Pierre II de Courtenay (cousin du roi Philippe Auguste), comte de Nevers, d'Auxerre et de Tonnerre par son mariage en 1184 avec Agnès de Nevers, devenu plus tard empereur de Constantinople, puis de sa fille Mathilde -dite Mahaut-, comtesse de Nevers, Auxerre et Tonnerre.

C'est un édifice imposant qui est l'un des plus importants spécimens de l'architecture militaire de l'époque romane en Bourgogne. Le 15ème siècle voit la construction de la grande tour poterne d'entrée. La galerie romane à baies géminées, arcatures et colonnettes dominant le village est le seul vestige de la grande salle seigneuriale détruite au 16ème siècle. On peut également découvrir dans la tour carrée orientale les vestiges de l'abside de la chapelle castrale du 12ème siècle.

A partir du XIVème siècle et jusqu'à la fin du XVème, le comté de Nevers passe aux héritiers de la Maison de Flandre, mais dès lors, Druyes perd son statut de résidence princière. Son château n'abrite plus qu'un capitaine et une garnison, chargés de la défense ; l'entretien en pâtit fortement.

Au XVIème siècle, les Clèves-Nevers, branche cadette de la Maison de La Marck, se trouvent à la tête des comtés de Nevers et de Réthel. Successivement, ces comtés passeront de Charles de Gonzague, Charles II de Mantoue, le Cardinal Mazarin, Philippe Mancini à Louis de Damas, Marquis d'Anlezy qui fit construire, en 1738, près du vieux château fort, un château "moderne" aujourd'hui disparu.

En 1792, les deux châteaux sont vendus comme bien national et le château neuf est entièrement démoli. Le château fort tombe lentement en ruine et il faudra attendre la seconde moitié du XXème siècle pour que l'instituteur du village et quelques bénévoles, entreprennent le défrichage et la restauration de l'espace. Entre 1960 et 1971, le Foyer Rural de Druyes organise des reconstitutions historiques qui font revivre les grandes heures du château des comtes de Nevers.

Devenu la propriété de la famille Tissier, d'Entrains sur Nohain, le château est successivement revendu à Monsieur Girard-Claudion en 1965 et à Monsieur Chastrusse en 1972. L'actuel propriétaire l'a acquis en 2004. Depuis dix ans, des travaux importants de restauration sont entrepris, en liaison avec l'Architecte en chef des monuments historiques.

Le château de Druyes est classé monument historique depuis le 10 mars 1924.